24.12.06

L'athéisme purificateur

Cas de contradictoires vrais. Dieu existe, Dieu n'existe pas. Où est le problème? Je suis tout à fait sûre qu'il y a un Dieu, en ce sens que je suis tout à fait sûre que mon amour n'est pas illusoire. Je suis tout à fait sûre qu'il n'y a pas de Dieu, en ce sens que je suis tout à fait sûre que rien de réel ne ressemble à ce que je peux concevoir quand je prononce ce nom. Mais cela que je ne puis concevoir n'est pas une illusion.

Entre deux hommes qui n'ont pas l'expérience de Dieu, celui qui le nie en est peut-être le plus près.

Croire en un Dieu qui ressemble en tout au vrai, excepté qu'il n'existe pas, car on ne se trouve pas au point où Dieu existe.

Simone Weil

23.12.06

A rose is a rose is a rose (in winter)


Remains of last July. For friends.
Do you remember where you were when this picture has been taken?

Basking in the sunshine of a by gone afternoon
Bringing sounds of yesterday into this city room.

Pink Floyd, Grantchester Meadows

22.12.06



Robert Hainard, Young foxes

The word magic these days might conjure up images of a man pulling rabbits from a top hat or producing cards from under his cuffs. But Hughes's magic was his writing. He made little black marks against clean white pages, marks that somehow detailed the absolute matter and manner of a bird or an eel or a foal or a wolf or a bear. At later dates and in distant locations, when we looked at those marks, when we read the poems, those creatures came to life. Out of nothing. Has any other magician ever pulled off a greated trick?

Simon Armitage on Ted Hughes

21.12.06


Meine Bachmann - ihre Stimme

Erklär mir, Liebe, was ich nicht erklären kann
...
Ich seh den Salamander durch jedes Feuer gehen.
Kein Schauer jagt ihn, und es schmerzt ihn nichts.


Solstice



Pas d’aile, pas d’oiseau, pas de vent, mais la nuit,
Rien que le battement d’une absence de bruit.

Guillevic

I am but dust...

20.12.06

La fièvre


Henri Rousseau, Sleeping Gipsy

L'Afrique bruisse par-delà l'horizon.
Il y a souvent des lions dans mes rêves. J'aime savoir que leur force est la mienne.

Est-ce la terre qui s’éloigne
Ou l’horizon qui se rapproche
On ne saurait jamais dans ces grandes distances
Tenir la mesure
De ce qu’on perd ou ce qu’on gagne

Anne Perrier, La Voie nomade

19.12.06

I need some sleep


Constantin Brancusi, La muse endormie

Ce soir, je vais dormir avec une goutte de parfum au creux du poignet: vanille, ambre, santal - mais



Before I slip into unconsciousness
I'd like to have another kiss
Another flashing chance at bliss
Another kiss, another kiss
The days are bright and filled with pain
Enclose me in your gentle rain
The time you ran was too insane
We'll meet again, we'll meet again

The Doors

18.12.06

Life


Indefatigable

Nous Deux - le magazine - est plus obscène que Sade.
Roland Barthes

A partir du mois de septembre de l'année dernière, je n'ai plus rien fait d'autre qu'attendre un homme: qu'il me téléphone et qu'il vienne chez moi. J'allais au supermarché, au cinéma, je portais des vêtements au pressing, je lisais, je corrigeai des copies, j'agissais exactement comme avant, mais sans une longue accoutumance de ces actes, cela m'aurait été impossible, sauf au prix d'un effort effrayant. C'est surtout en parlant que j'avais l'impression de vivre sur ma lancée. Les mots et les phrases, le rire même se formaient dans ma bouche sans participation réelle de ma volonté. Je n'ai plus d'ailleurs qu'un souvenir vague de mes activités, des films que j'ai vus, des gens que j'ai rencontrés. L'ensemble de ma conduite était factice. Les seules actions où j'engageais ma volonté, mon désir et quelque chose qui doit être l'intelligence humaine (prévoir, évaluer le pour ou le contre, les conséquences) avaient toutes un lien avec cet homme [...]







[...] Quand j'étais enfant, le luxe, c'était pour moi les manteaux de fourrure, les robes longues et les villas au bord de la mer. Plus tard, j'ai cru que c'était de mener une vie d'intellectuel. Il me semble maintenant que c'est aussi de pouvoir vivre une passion pour un homme ou une femme.
Peintures Maria Personnaz, Genève

17.12.06

Le questionnaire

Quelle est votre principal trait de caractère : mon vieux romantisme d’avant-guerre (rires)
Quelle est la qualité que vous préférez chez un homme : les c... (hum !) – disons, le courage
Quelle est la qualité que vous préférez chez une femme : le coeur
Quelle qualité appréciez-vous chez vos amis : l’indulgence
Quelle est votre occupation favorite : observer
Quelle est votre rêve de bonheur : observer, ici, ailleurs, partout, pendant 1000 vies
Quel est votre principal défaut : l’esprit d'escalier
Quel est pour vous le comble de la misère : perdre ma liberté
Dans quel pays aimeriez-vous vivre : un pays en paix


Carte postale postée le 3 septembre 1990 à Donegal, Irlande

Quelle est votre couleur favorite : le vert
Quelle est votre fleur préférée : les fleurs alpines qui poussent là où il n’y a déjà plus d’arbres
Quel est votre oiseau préféré : un oiseau qui chante au milieu de la nuit
Quel est votre héros préféré dans la réalité : Gandhi
Quel est votre héros préféré dans la fiction : Peter Pan
Quelle est votre héroïne préférée dans la réalité : Hetty Hillesum



Quelle est votre héroïne préférée dans la fiction : Adèle Blanc-Sec
Quels sont vos auteurs favoris : en ce moment, les auteurs anglo-saxons (après les auteurs russes et avant les auteurs kirghizes)
Quels sont vos poètes favoris : les poètes
Quels sont vos peintres favoris : les peintres qui savent peindre la lumière du nord
Quels sont vos compositeurs favoris : je suis une fille « Deutsche Grammophon »
Qu’est-ce que vous détestez le plus : le cynisme
Quel est le don de la nature que vous désireriez avoir : pouvoir voler
Pour quel défaut avez-vous le plus d’indulgence : la naïveté
Qu’aimeriez-vous être : moi, avec l’esprit de répartie

Ici, les réponses de Proust lui-même

16.12.06

Un magicien au travail



Plusieurs veulent obtenir des créations mentales en utilisant la méthode fakirique. C'est une erreur.
Chacun doit avoir sa méthode. Quand je veux faire apparaître une grenouille vivante (une grenouille morte, ça c'est facile) je ne me force pas. Même, je me mets mentalement à peindre un tableau. J'esquisse les rives du ruisseau en choisissant bien mes verts, puis j'attends le ruisseau. Après quelques temps, je plonge une baguette au-delà de la rive; si elle se mouille, je suis tranquille, il n'y a plus qu'à patienter un peu, bientôt apparaîtront les grenouilles sautant et plongeant.
Si la baguette ne se mouille pas, il faut y renoncer.
Alors je fais la nuit, une nuit bien chaude et, avec une lanterne, je circule dans la campagne, il est rare qu'elles tardent à coasser.

Henri Michaux

No translation available on the Net - sorry! Or just couldn't find it?
But a real book is also something nice, sometimes - Darkness moves






Pictures Henri Michaux

15.12.06

Eloge du corset



Sonnet

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labé (1524-1566)



Emportez-moi

Emportez-moi dans une caravelle,
Dans une vieille et douce caravelle,
Dans l'étrave, ou si l'on veut, dans l'écume,
Et perdez-moi, au loin, au loin.

Dans l'attelage d'un autre âge.
Dans le velours trompeur de la neige.
Dans l'haleine de quelques chiens réunis.
Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.

Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
Dans les corridors des os longs, et des articulations.

Emportez-moi, ou plutôt, enfouissez-moi.

Henri Michaux


Carry Me Away

Carry me away in a three-masted ship,
In an old and gentle carvel,
In the stem of the boat, or if you wish, in the foam,
And lose me, far away, far away.

In the harness of another time.
In the velvet mirage of snow.
In the breath of some dogs reunited.
In the weary gathering of dead leaves.

Carry me carefully, in kisses,
In breasts that rise and breathe,
On carpets of palms and their smile,
In the corridors of long bones, and articulations.
Carry me away, or instead, dig me deep.

Translation by Alan Edwards